Le verre


LE VERRE


Histoire du verre................................................................................................................. 2
L’état physique du verre................................................................................................... 3
Les propriétés du verre.................................................................................................... 4
La composition du verre................................................................................................... 5
Les colorants du verre...................................................................................................... 6
La fonte du mélange vitrifiable........................................................................................ 8
La fabrication du verre....................................................................................................... 8
Les fours à pots.................................................................................................................. 9
Les fours à bassin.............................................................................................................. 9
La recuisson du verre..................................................................................................... 10
Les températures de travail du verre.......................................................................... 10
Les différents types de verre....................................................................................... 11
La trempe du verre.......................................................................................................... 12
Le sablage du verre......................................................................................................... 14

Histoire du verre


Le verre existe déjà naturellement depuis plusieurs centaines de milliers d’années.
L’Homme l’utilisa pour la première fois il y a 100 000 ans sous forme d’obsidienne,
(verre naturel d’origine éruptive) pour fabriquer des outils, des armes coupantes et des
bijoux.

Les origines : 3000 ans av. JC
Les premiers verres fabriqués par l’Homme sont originaires de Mésopotamie, de Syrie ou
d’Egypte. Ils ne sont pas encore transparents ou translucides mais opaques, de couleur
verte ou bleue.
Selon Pline (Pline l’ancien, 23-79apJC) : ce seraient des marchands
phéniciens qui, faisant cuire leurs aliments sur les rives du fleuve Bélus dans des marmites
supportées par des blocs de natron, auraient vu couler une substance inconnue. Mais ceci
n’est qu’une légende car l'élaboration du verre nécessite une température d'environ 1300°C.

Le premier épanouissement : XVème siècle av. JC
Les fours permettent d’obtenir de plus hautes températures, la matière est mieux travaillée.
Le verre devient translucide et se développe alors un marché d’imitation de pierres
précieuses.
Les premières pièces en verre creux (vases, pots, flacons) apparaissent au
même moment ; elles sont coulées.
L’émail apparaît vers 1500 av.JC. C’est une substance
vitreuse qui est constituée d'un produit incolore, le fondant, que l'on teint dans la masse
grâce à l'adjonction de certains oxydes métalliques.

L’apparition du verre soufflé : Ier siècle av. JC
On attribue cette invention à la Syrie grâce à l’invention de la canne à souffler. De là, cette
méthode passa en Italie, puis en Gaule et en Espagne.
Au même moment, on inventa le
verre transparent à Sidon (Phénicie), probablement à cause de la pureté des sables de la
région et de la présence de natron.

Au Ier siècle ap. JC
Cette découverte entraîne la naissance d’une forte industrie de verre creux. Grâce au
soufflage à la canne, l’artisan est à bonne distance de la source de chaleur et il peut donner
forme à des pièces de plusieurs dizaines de centimètres.
Le verre incolore apparut alors et
se répandit à partir du IIIème siècle, il est obtenu par adjonction de manganèse, qui joue le
rôle de purificateur. La teinte naturelle du verre, bleu verdâtre, est due à la présence
d'oxydes métalliques contenus dans le sable qui sert à sa fabrication.
Premières traces du
verre coulé plat (5 à 6 mm). Ce verre de transparence relative fut utilisé pour vitrer les
fenêtres (Pompéi). Auparavant, on utilisait de minces plaques de mica ou d’albâtre.


Le verre plat soufflé : Vème et le Xème siècle
Deux techniques sont apparues conjointement :
- Le soufflage en couronne : produit dans
l’Ouest de la France et en Angleterre où sa production dura jusqu’au XIXème siècle. Le verre
plat ne prit son essor qu’à partir de l’invention de ce nouveau procédé. Il s’agit d’abord d’un
vase soufflé à fond plat que l’on fait ensuite tourner face à l’ouverture d’un four.

Le soufflage en manchon : produit dans l’Est et dans l’Europe centrale. C’est un cylindre
de verre obtenu par l’allongement de la paraison cueillie par le verrier, puis fendu,
ramolli et aplati. Ces procédés furent utilisés durant tout le Moyen Âge pour la fabrication
des vitraux.
Le verre à vitre
L’usage du verre à vitre était connu des romains mais fut peu répandu dans l’architecture
civile jusqu’au XVème siècle. On se prémunit du vent et des intempéries par des moyens
rudimentaires : volets de bois, toiles cirées, peaux ou papiers huilés qu’il valait mieux
protéger de grillages. Durant le Moyen Age, il y eut une longue stagnation du verre à vitre
dans les maisons où les fenêtres dont la taille diminua n'étaient presque plus vitrées.

Au début du XIVème siècle, naquit la première verrerie à vitre à Bézu-la-forêt dans l'Eure et
les feuilles planes (« plats de verre ») inventées par Philippe Cacqueray.
En 1698 au
château de Saint Gobain, Lucas de Nehou mis au point le coulage des glaces (coulée sur
table).


Conclusion
La matière a subi une longue évolution depuis son état naturel jusqu’aux dernières
innovations pensées par l’Homme. Cette progression est riche d’éléments ; il est donc
indispensable de distinguer les différents procédés de fabrication, des différents types de
verre et de leurs applications respectives en passant par la connaissance de leur
composition chimique.

L’état physique du verre


Définition du verre
Corps solide, transparent, obtenu par la fusion du sable mêlé de chaux et de potasse ou de soude.
Il existe de nombreuses catégories de verre définies par des verriers ou par des scientifiques. Pour les verriers, c'est un solide altérable par les agents atmosphériques et renfermant plus de 60% de silice. Pour les scientifiques, c'est une substance amorphe, présentant l'état solide ou de liquide surfondu, transparent, translucide ou opaque, sonore, doué d'une cassure brillante et pouvant passer par toutes les phases de l'état pâteux par élévation de température.
Description de la molécule de silice
Chaque atome de silicium est placé au centre d’un tétraèdre et lié à quatre atomes d’oxygène.
Ces tétraèdres sont liés ensemble par le sommet de telle sorte que chaque atome d’oxygène est lié à deux atomes de silicium. Le verre, à l'état pur, est du bioxyde de silicium.

L’état vitreux
L'état vitreux est observé dans une matière si ses molécules sont toutes identiques tandis que leur distribution est désordonnée.
C'est le cas du verre où chaque molécule de silice est identique (tétraèdre) mais où l'organisation des unes et des autres est désordonnée. Cette fausse organisation se situe entre celle des solides (ordonnée, cristallisée) et celles des liquides (en mouvement donc amorphe). L'état vitreux est cet état "solide amorphe" (non cristallisé) caractérisé par la distribution désordonnée des molécules qui conservent néanmoins des distances fixes entre elles.
Le passage de l'état vitreux à l'état cristallisé
La dévitrification du verre peut apparaître sous certaines conditions. L'état vitreux disparaît en même temps que sa structure s'organise, se cristallise. Le verre devient opalin, il perd sa solidité et sa transparence.
Ce défaut est plus observable sur les verres à base de potasse. Elle a aussi lieu dans le cas d’un refroidissement trop prolongé après fusion du verre. On appelle zone de dévitrification, la zone de température dans laquelle une cristallisation est susceptible de se créer.
La viscosité
La viscosité est une qualité qui permet d’opposer une résistance à l’écoulement de la matière sur une surface donnée ; c’est le cas du verre lorsqu’il est chauffé entre 1000 et 1400°C.
Les molécules sont liées ensemble et possèdent un degré de liberté pour se déplacer les unes par rapport aux autres : ceci s'appelle la viscosité. A savoir que le verre même fortement chauffé n’est jamais fluide, il devient progressivement malléable, puis de 1000° à 1400°C, il devient visqueux (consistance du miel). Dans le sens inverse, en se refroidissant, la matière est de moins en moins visqueuse, elle redevient plastique, (on peut la déformer car elle est encore déformable) puis elle redevient finalement solide et rigide.
Le verre peut donc être qualifié de liquide figé (solide non cristallisé) obtenu après figement d’une matière surfondue dont la viscosité est extrêmement élevée.

Rappel des trois états fondamentaux de la matière :
L'état solide : Les molécules sont organisées et les liaisons entre elles sont fixes (cristallisation).
L'état liquide : Les positions et les distances entre les molécules varient constamment. La structure est désordonnée.
L'état gazeux : les liaisons entre les molécules sont rompues, la matière occupe la totalité du volume qui lui est proposée.

Le verre est la seule matière minérale solide que l’on puisse produire à des dimensions et sous des formes quelconques tout en conservant sa transparence.

Propriétés physiques

La transparence : mais il peut être opaque ou opalescent.
- La dureté : seuls les diamants et le carbure de tungstène le rayent. Le verre le plus dur est le verre de Bohème et le cristal est le plus tendre.
- La densité : elle dépend des composants ; elle est d’environ 2,5. Cela signifie qu’un mètre cube pèse environ deux tonnes et demie ou qu’une feuille d’un mètre carré et d’un millimètre d’épaisseur pèse 2,5 kg.
- La résistance et l’élasticité : la cassure du verre est liée à sa flexion et à sa résistance au choc. Il casse là où le métal se tord. Contrairement, sa résistance à la compression est importante : il faut une pression de 10 tonnes pour briser un centimètre cube de verre.
- L’imputrescibilité : il ne se putréfie pas.
- L’imperméabilité : elle est extrêmement grande mais le verre reste poreux pour certains liquides comme le kérosène ; on dit « qu'il sue ».

Propriétés thermiques

La dilatation : c’est un très mauvais conducteur de chaleur. Il se brise s’il subit un brusque changement de température car les différentes parties du verre ne se réchauffent pas en même temps. Son coefficient de dilatation est faible, ce qui lui confère de nombreuses applications : il sert d’isolant thermique (laine de verre). On retrouve presque les mêmes coefficients que certains métaux d’où l’exécution de soudures verre-métal. Ce coefficient varie selon la composition.
- La conductivité : il est mauvais conducteur (environ 500 fois moins que le cuivre); on l’utilise comme isolant électrique. C’est aussi un bon isolant acoustique suivant l’épaisseur de la feuille. Ceci n'est pas le cas à chaud car il devient conducteur à partir de 250°C.
- Il est ininflammable et incombustible.

Propriétés chimiques

L’action de l’eau : l’eau agit sur les silicates qui, en se décomposant, forment un dépôt en surface qui devient peu à peu opaque ; le verre perd de sa transparence.
- L’action de l’air : les silicates alcalins se combinent avec l’acide carbonique contenue dans l’air ce que donne un dépôt blanchâtre à la surface du verre.
- L’action de la lumière: exposés aux ultraviolets, certains verres se colorent ou se décolorent.
- L’action des acides : ils décomposent la silice, le plus rapide est l’acide fluorhydrique qui permet de graver en profondeur le verre plaqué. Le verre peut donc être dissout.

Certains éléments comme le silicium et le bore peuvent former un verre par leur seule combinaison avec de l’oxygène (oxyde de …) et par élévation à une très haute température. Ces oxydes sont appelés oxydes formateurs car ils forment le squelette du verre. On les combine avec d’autres éléments dits « modificateurs » qui sont :
Les fondants qui abaissent la température de fusion des oxydes formateurs (silice = 1730°C).
Les stabilisants qui modifient les propriétés physiques du verre atténuées par l’adjonction du fondant.

Les oxydes formateurs (les vitrifiants)
La silice : (dioxyde de silicium SiO2)
C’est le composant principal du verre qui représente environ 70% de la masse. Elle est l’élément formateur de réseau. Si l’on augmente sa quantité, on augmente la dureté du verre. Son point de fusion est à 1730°C. Elle entre dans la fabrication sous forme de sable dont les plus purs en contiennent 99,5 % (les sables quartzeux). Le sable de Fontainebleau, du fait de sa qualité, est très recherché pour la fabrication de verres d'optique et de cristal. Plus le pourcentage de silice est élevé et plus le coefficient de dilatation est faible ; donc, plus le verre est résistant.
L’anhydride borique : (le bore ou borax anhydre B2O3)
Il diminue le coefficient de dilatation et améliore la résistance aux chocs thermiques ; il est aussi plus résistant à l’eau. Son point de fusion est à 2300°C. Il sert pour le travail de laboratoire (verre thermorésistant comme le Pyrex). Il possède aussi les propriétés d’un fondant.
L’anhydride phosphorique : (le phosphore P2O5)
Employé dans le domaine de l’optique. La principale source au Moyen Age est les cendres de bois.

Les oxydes modificateurs
Les fondants : (oxydes alcalins)
La silice permet d'obtenir un verre, mais son point de fusion est très élevé (1730°C). En ajoutant des fondants, on abaisse cette température à 1400°C (économie d’énergie) et on facilite les possibilités de travail. Les fondants sodiques et potassiques ont été utilisés conjointement dès le moyen âge.
L’oxyde de sodium (la soude Na2O) : Il entrait autrefois dans la composition sous forme de cendres de plantes marines (ex : la salicorne) ou de nitre (grec = nitron). Il abaisse le point de fusion, augmente l’éclat du verre et sa résistance aux agents atmosphériques ainsi que le coefficient de dilatation. Il est plus utilisé pour le verre industriel que pour le verre soufflé car il doit être constamment réchauffé lors du façonnage.
L’oxyde de potassium (K2O) : Il entrait autrefois dans la composition sous forme de cendres de plantes terrestres comme la fougère ; aujourd’hui, on utilise du salpêtre (nitrate de potassium KNO3). Il abaisse le point de fusion, augmente l’éclat du verre et le rend doux à la taille, mais il diminue sa résistance chimique. Il avantage le soufflage du verre car il augmente le temps de travail lors du façonnage.
L’oxyde de magnésium (MgO) : Il est utilisé sous forme de dolomite (calcium+magnésium). Il n’est pas indispensable pour tous les verres, sauf le verre flotté, le verre à vitre et en gobeleterie. Il abaisse la température de fusion et augmente la résistance aux agents chimiques.

Les stabilisants : (oxydes alcalino-terreux)
L'introduction d'un oxyde alcalin (fondant) a provoqué la rupture d'une liaison Si - 0 et l'apparition d'un oxygène "non pontant". Ceci a pour effet de fragiliser le réseau et d'augmenter la solubilité à l'eau.

L’oxyde de calcium (CaO) : se trouve sous forme de chaux (qui est le stabilisant le plus employé) ou de dolomie (lorsque le verre doit contenir de la magnésie). Il augmente la résistance chimique du verre, son éclat et diminue sa solubilité, mais en excès il provoque une dévitrification. Il était utilisé au moyen âge pour les verres sodiques.

L’oxyde de zinc (ZnO) : Il augmente l’éclat et l’élasticité.

L’oxyde de fer (Fe2O3) : (c’est un stabilisant et un colorant) souvent contenu dans les roches naturelles, il donne une teinte verdâtre. Il faut donc procéder à une décoloration de cette teinte. Pour cela, on peut ajouter du bioxyde de manganèse (MnO2) (savon des verriers).

L’oxyde de plomb (PbO) : entre dans la composition du cristal. Il abaisse également le point de fusion en stabilisant la composition. Il rend le verre plus éclatant tout en lui conférant une légère teinte jaunâtre, il est plus agréable à couper et à travailler.

Les colorants :
Les verres sont le plus souvent teintés dans la masse ; cela signifie que l’on ajoute des oxydes métalliques pendant la fusion. Ils entrent en très faible proportion du mélange (ex : oxyde de cuivre pour du vert).
La coloration dans la masse est due à la présence dans le verre d'ions de métaux de transition.
Les colorants du verre

Les colorants du verre


La lumière

fonctionnement : La lumière est considérée comme un ensemble de particules énergétiques que l’on appelle les photons. Elle est constituée d’ondes électromagnétiques dont chacune correspond à une couleur (pour le domaine visible). L’ensemble des longueurs d'onde correspond au spectre lumineux. La lumière du soleil qui possède toutes les longueurs d'onde du spectre visible est dite "blanche". Nous pouvons voir les objets qui nous entourent car ils réfléchissent la lumière vers notre oeil. Et la couleur de ces corps dépend du spectre qu’ils envoient. Si le spectre d'une lumière envoyée par un corps possède plusieurs longueurs d'onde, notre oeil mélange chacune des couleurs et l'on distingue le résultat.

Réflexion et réfraction :

La réflexion de la lumière a lieu lorsqu’elle rencontre un solide et qu’elle est réfléchie ; elle rebondit sur la surface dans une autre direction.
La réfraction a lieu lorsqu’elle traverse un solide (translucide). La lumière est réfractée. Cette pénétration peut changer la perception des couleurs. Si la lumière traverse une feuille de verre à surfaces parallèles, elle en sort selon le même angle. Si les surfaces ne sont pas parallèles, les faisceaux sortiront suivant un angle différent.

La coloration du verre

La coloration directe : La couleur est donnée en ajoutant des mélanges d’oxydes métalliques qui absorbent certaines longueurs d’onde de la lumière. L’oxyde de fer par, exemple, absorbe le rouge et donne le vert. La tonalité et l’intensité d’une coloration dépendent de la nature et de la quantité des colorants ainsi que de la composition du verre lui-même (sodique ou potassique).
La coloration indirecte : Certains oxydes sont en suspension dans la masse vitreuse au cours de la fusion. La coloration apparaît lors du réchauffement du verre aux alentours de 600°C. La chaleur provoque une dilatation des particules qui met en évidence la couleur dans la longueur d’onde souhaitée. Ex : rose et rouge à l’or ; jaune orangé à rouge sélénium.
Les matières utilisées : Elles sont très nombreuses et variées. Ce sont des colorants minéraux à base métallique car ce sont les seuls qui peuvent être mélangés à la silice pendant la fusion.
Quelques exemples :
Bleu = oxyde de cobalt, de manganèse.
Jaune = chrome, argent.
Rouge = oxyde de cuivre.
Violet = oxyde de manganèse.
Rose et rouge rubis = l’or.
Jaune orangé à rouge = le sélénium.

La décoloration du verre dans la masse
Les composants contiennent toujours un faible pourcentage d’oxydes métalliques qui teintent le verre d’une couleur verdâtre (conjonctions des ions Fe2+ et Fe3+).
Pour obtenir un verre réellement incolore, il faut donc procéder à sa décoloration. Il existe deux techniques :

La décoloration chimique :
Utilisé depuis le XIVème siècle... L'emploi de cendres !
Depuis le moyen âge on utilise certaines cendres, notamment les cendres de hêtre ou de fougère, qui éclaircissent les verres. Leur action est due au bioxyde de manganèse qu'ils contiennent qui tend à transformer l'oxyde ferreux en oxyde ferrique qui est beaucoup moins colorant.

Les principaux décolorants sont le bioxyde de manganèse (MnO2) appelé "savon des verriers", les oxydes de titane et d’antimoine. On ajoute ceux-ci à la composition du mélange vitreux. Ils neutralisent la coloration verdâtre donnée par l’oxyde de fer. En d'autres termes, ils neutralisent l'effet colorant des ions Fe2+ et Fe3+. Les conditions de fusion permettent ensuite de faire disparaître les oxydes métalliques indésirables en les décomposant.

La décoloration physique :
Lors de la fusion, il faut introduire dans la composition du verre la couleur complémentaire à l’oxyde métallique déjà présent pour faire tendre la teinte de la masse vitreuse vers le gris (incolore).
Ex : verdâtre + rose sélénium = neutre ([bleu + jaune]+rose=neutre).

La fonte du mélange vitrifiable


La préparation des matières premières
Elle nécessite une grande rigueur car les composants doivent être mélangés pour devenir parfaitement homogènes jusque dans la plus petite proportion. Les matières premières, stockées en silos, s'écoulent vers un mélangeur qui mêle les composants uniformément. Le mélange se fait automatiquement grâce à l'informatique. Pour une préparation plus petite, les produits sont pesés et mélangés manuellement. Le mélange vitrifiable peut contenir, en plus de la préparation initiale, 30% de calcin. Le calcin, ou groisil, provient de verre recyclé de même composition ; il favorise la vitrification et l'homogénéité (économies d'énergie).

La fonte comporte trois phases :
C'est l’évolution du mélange vitrifiable pendant sa montée en température. Dans les fours à pots, la fonte d'une potée de 500 à 1000 litres peut durer jusqu'à 12 heures.
La fusion (800° à 1400°C) :
Les matières premières se transforment en verre fondu en provoquant des dégagements gazeux (C02) et la formation de bulles. Les silicates alcalins (contenus dans la soude et la potasse) et les silicates de calcium (contenus dans la chaux) contiennent des impuretés à l'état naturel. Toutes ces bulles seront éliminées lors de l’affinage.
L’affinage (1450° à 1530°C) :
Le chauffage est prolongé jusqu'à ce que le verre soit assez fluide. On ajoute un agent d'affinage (le sulfate de sodium) au mélange visqueux pour faire grossir les bulles gazeuses. Elles peuvent alors remonter à la surface et disparaître. La surface du verre en fusion est recouverte de déchets que l’on racle avec des outils en fer. La matière doit être homogène et ne doit plus présenter de bulle.
Le conditionnement thermique (1530 à 1000°C) :
La température diminue et les dernières bulles remontent à la surface. Appelée "braise au XVIIIème siècle, cette phase consiste à abaisser la température du mélange pour lui donner une viscosité adaptée au façonnage.

Récapitulatif :
Etape
T°C
Réaction
Résultat
La fusion
800 à 1400°C
Dégagement gazeux, bulles
Les matières premières sont fondues
L'affinage
1450 à 1530°C
Augmentation de la fluidité + agent d'affinage = remontée des impuretés
Elimination des impuretés en surface, homogénéité
La braise
1530 à 1000°C
Baisse de la température
Viscosité adaptée au façonnage

Les procédés de fabrication du verre (ou méthodes de façonnage) varient selon le type de produit verrier (verre creux ou verre plat) et selon la quantité que l'on souhaite produire.

Autrefois, les verreries étaient construites près des forêts et des rivières pour le bois et le sable. Jusqu'à la fin du XIXème siècle, la fabrication se faisait dans des fours à pots chauffés au bois. Cette technique est encore utilisée aujourd'hui pour les verres de luxe (cristal) ou pour les verres spéciaux (vitrail, optique) bien que le bois ne soit plus utilisé comme combustible.
Au siècle dernier, une véritable révolution apparaît : l’invention du four à bassin ; utilisé pour les procédés de fabrication mécanique où la production est continue et standardisée.

Les différents procédés de mise en forme du verre :



Les fours à pots


Ils sont utilisés pour les procédés de fabrication manuels (soufflage, coulage).
La production se fait à l'unité. Le verrier vient y cueillir la paraison puis travaille seule ou en équipe.

Description :
Les premiers fours furent construits en terre pendant l'antiquité.
Aujourd'hui, ils peuvent contenir de 1 à 16 pots contenant jusqu'à 1000 litres de verre en fusion chacun.
Des ouvreaux de chargement permettent l’accès au creuset et à la matière.

Fonctionnement :
On dispose dans un four circulaire ou rectangulaire un certain nombre de récipients en argile réfractaire appelés pots ou creuset que l'on remplit de mélange vitrifiable.
Les pots ne resteront en fonction que quelques semaines (pas plus de 25 potées) puis sont changés sans arrêter le feu.

Combustible :
Les premiers fours jusqu'à l'époque moderne étaient alimentés en bois.
De nos jours, les fours à pots sont alimentés par du gaz ou du fuel.

Les fours à bassin


Description :
Constitués de matériaux réfractaires, ces fours sont formés d'un long couloir rectangulaire pouvant mesurer jusqu'à 50m de long et 10m de large divisé par un ou deux compartiments. La cuve peut contenir jusqu'à 2500 tonnes de verre sur 1,50m d'épaisseur. Ils permettent des campagnes de travail de 3 à 5 ans, en produisant jusqu'à 600 tonnes de verre formé par jour.

La durée d'activité des fours à bassin a été nettement améliorée depuis les années 2000 : jusqu'à 12 ans pour les fours à verre float.
Les matériaux constituant le four évoluent dans un milieu très corrosif car le verre fondu, par sa haute température et son rayonnement, est très oxydant.

On distingue deux sortes de four à bassin suivant la production : pour du verre plat (étiré ou laminé) ou pour du verre creux.
Entre 1960 et 2005, la production de verre formé en France est passée de 1500 à 5000 Kilotonnes.

Fonctionnement :
Les matières premières passent par une trémie d'enfournement à une des extrémités. Le niveau de la matière en fusion est maintenu constamment par ajout automatique des composants de base. La masse vitreuse progresse le long du couloir en passant par les différents stades de la fabrication. Le four est chauffé au niveau des zones de fusion et d'affinage. La matière est distribuée à la sortie dans des espaces de conditionnement (canaux distributeurs) qui alimentent les machines de façonnage étirage, laminage).
Les combustibles :
Les combustibles sont le fuel ou le gaz naturel. Certains fours sont électriques et l'énergie est diffusée directement dans le verre en fusion qui est conducteur de chaleur à partir de 250°C. La fusion d'un kg de verre nécessitait d'abord 2,5 kg de bois, puis 1 kg de charbon de terre, puis 0,2 kg de mazout, puis 1 kWh pour les fours électriques.


La recuisson du verre


Aucun produit verrier ne peut être utilisé sans avoir subit ce traitement après sa mise en forme. Sauf les fibres de verre qui subissent un brusque refroidissement pour obtenir une haute résistance mécanique.

Le refroidissement de la matière est inégale : certaines parties restent chaudes pendant que d'autres refroidissent plus lentement. Des tensions se créent favorisant la casse du verre. La recuisson annule les tensions provoquées par ces différences de température. Elle a lieu dans l’arche de recuisson et comporte 3 phases :

La température du verre descend suffisamment pour que le verre ne risque pas de se déformer, mais reste encore assez chaude pour conserver sa viscosité. 
Les contraintes disparaissent entre 500° et 550°C pour les verres courants.

La température est abaissée à 400°C jusqu'à ce qu'il devienne rigide. Cette phase de refroidissement évite la formation de nouvelles contraintes.


Simple refroidissement jusqu'à température ambiante.

Exemples de différentes températures de recuisson :
verre majoritaire en silice = 1000° à 1100°C
verre borosilicaté = 550° à 600°C
verre sodo-calcique = 450° à 480°C
cristal = 400° à 420°C

Les températures de travail du verre


Les températures de travail du verre s'échelonnent entre 550° et 1300°.
Au-dessous de 550°, la dévitrification est possible quand le verre a perdu toute plasticité. 
Or entre 700° et 1100°, il apparaît de germes cristallins et la prolifération se produit autour d'eux. C'est pourquoi le verrier doit opérer rapidement entre ces températures et éviter les souillures.
Le recuit et la trempe du verre sont basés sur la connaissance exacte de la température correspondant à la viscosité et l'état vitreux et n'existe qu'au dessous de cette température.

Dans les fours, le verre est complètement fluide à 1400°; la viscosité est faible. 
A 1300°, nous atteignons un point improprement appelé point de fusion (un verre n'a pas de courbe de cuisson avec pallier défini), c'est un point de travail car au-dessus, on peut commencer certaines opérations comme le laminage, la coulée des glaces. Il s'agit plutôt d'une région que d'un point variant avec la composition du verre.

Pour que la matière adhère à la canne creuse de fer, il faut atteindre 875° environ. Pendant que l'ouvrier souffle et tourne, la température s'abaisse à 640° (875°-640° = façonnage).

A 550° on observe un point de transformation où l'on passe d'un état plastique à un état vitreux solide. Le verre devient cassant et ses molécules, ou mieux, ces granulations, n'ont plus entre elles qu'une mobilité extrêmement faible.


Les différents types de verre


Les verres sodocalciques :
Exemple de composition : Silice (72%) + soude (13%) + chaux (5%)
C'est le plus commun des verres. Il a une bonne stabilité chimique, mais il est sensible aux chocs thermiques. Il est utilisé pour la fabrication des verres plats et creux, des ampoules électriques et en bouteillerie.
Température de ramollissement pour 70% de silice = 700°C.
Son coefficient de dilatation est élevé : 86 x 10-7 (de 0 à 300°C)

Les verres borosilicates :
Exemple de composition : Silice (80%) + anhydride borique (13%) + soude (4%) + alumine (3%)
Le plus connu est le Pyrex (1915) qui possède une bonne résistance aux chocs thermiques. On en fait des ustensiles de laboratoire et de cuisine (résistance à la chaleur et aux agents chimiques). Il sert aussi pour l'isolation (fibres de verre) et le stockage de déchets radioactifs.
Température de ramollissement pour 80% de silice = 820°C.
Son coefficient de dilatation est très faible : 32 x 10-7 (de 0 à 300°C)

Les verres au plomb :
Exemple de composition : Silice (62%) + oxyde de plomb (21%) + potasse (7%)
On l'appelle cristal si la teneur en oxyde de plomb est supérieure à 24 %. Il sert en gobeleterie et en verrerie d'art, pour les téléviseurs et en électronique. Le cristal est limpide, très sonore, très résistant à la dévitrification (attention : sa matière n'a rien de cristallisé). En élevant la teneur en plomb (60%), on obtient un verre dense utilisé pour la protection des rayons X.
Le verre contient du plomb s'il noircit lorsqu'on le chauffe au chalumeau.
Température de ramollissement pour 60% de silice et 25% d'oxyde de plomb = 630°C.
Son coefficient de dilatation est très élevé : 90 x 10-7 (de 0 à 300°C)

Le verre de silice :
Il contient au moins 96% de silice.
Il est très employé grâce à sa grande pureté (transparence optique) et pour sa résistance aux températures élevées, à la corrosion et aux chocs thermiques.
On l'utilise pour la fabrication de tubes de lampe à halogène, des éléments d'optique et des miroirs de télescope.
Température de ramollissement pour plus de 96% de silice = 1700°C.
Son coefficient de dilatation est très faible : 5,6 x 10-7 (de 0 à 300°C)

Les vitrocéramiques (ou vitro cristallins) :
Exemple de composition : Silice (75%) + alumine (15%) + sel de titane (5%) + oxyde de lithium (3%)
Ce sont des dérivés du verre dont la fabrication est basée sur le principe de dévitrification.
La transformation en céramique semi-cristalline s'obtient par un traitement thermique appelé "céramisation" qui permet d'obtenir un début de cristallisation. La température de cristallisation est à environ 800° et la cristallisation dure environ 2 heures.
Les vitrocéramiques peuvent posséder une grande résistance à la rupture et un coefficient de dilatation très faible, ce qui leur permet d'être très résistant aux chocs thermiques.
Ils sont notamment utilisés en verrerie culinaire résistante au feu (plaques de cuisson). On les utilise aussi pour fabriquer des miroirs de téléscope géant d'environ deux mètres de diamètre.

Note : dans la composition des verres, plus le pourcentage de silice est élevé et plus le coefficient de dilatation est faible ; donc, plus le verre est résistant.

La trempe du verre


Un verre plat se brise facilement lorsqu’il subit des contraintes de flexion. La flexion provoque des tensions (des forces) dans l’épaisseur du verre. On distingue des tensions de compression et d’extension qui sont la cause de la casse.

Un verre plat devient un produit de sécurité lorsqu’il subit un processus de trempe. Celle-ci le rend cinq fois plus résistant à la flexion et aux chocs thermiques.
Il existe deux possibilités de traitement : la trempe thermique et la trempe chimique.
La trempe thermique : (Attention : ne pas confondre avec la recuisson du verre)
La technique de fabrication industrielle fut brevetée en 1874, par François Royer de la Bastie.
La première analyse théorique de la trempe thermique fut publiée en 1929 (verre Securit Saint-Gobain).
Le volume de verre est chauffé jusqu'à 700°C (température où les molécules peuvent se déplacer), puis refroidit très rapidement et uniformément à 300°C par des jets d’air froid. 
Les couches externes sont refroidies en premier. La surface se rigidifie car les molécules diminuent de volume et atteignent leurs dimensions définitives avant celles de la couche interne.
Quand les régions internes se contractent à leur tour, elles «tirent» sur la surface et créent une tension résiduelle de compression.
Le procédé crée des tensions permanentes dans l’épaisseur du verre. On distingue trois couches de tensions qui permettent de compenser les tensions inverses subies par un choc éventuel, par une flexion.

La trempe dite « à-plat » est effectuée dans des fours horizontaux. 
Avec un verre épais, la trempe est d'autant plus forte si le refroidissement est rapide. Il est difficile de tremper une vitre mince car le refroidissement atteint trop rapidement la couche interne. Au-delà de 2/3 mm d'épaisseur, il est possible de tremper un verre thermiquement. En dessous de cette épaisseur, on pratique la trempe chimique.
Résultats :
La résistance à la flexion est accrue considérablement. Un vitrage de 8 mm résiste à une bille en acier de 500 grammes tombant d'une hauteur de 2 mètres tandis qu’une hauteur de 30 cm serait suffisante pour briser un verre non trempé.
Le verre se fragmente en une multitude de petits éclats non coupants en cas de brisure.
Le risque de casse par choc thermique est considérablement affaibli. Si un verre non trempé n'est pas chauffé de façon uniforme (à partir d'une différence de température de 30°C entre deux points), des tensions internes peuvent provoquer sa casse. Le vitrage trempé, quant à lui, résiste à des variations de température de 200°C. Il peut être exposé à une température allant jusqu'à 250°C.
Sa densité diminue.
On ne peut plus le couper ni le percer au risque de l’éclater.
Il est possible de le détremper en lui faisant subir une « recuisson » (montée en température puis refroidissement lent).
La trempe chimique :
Elle est plus facile à contrôler que la trempe thermique mais elle est plus coûteuse et réservée à des verres spéciaux (hublot pour avion).
Le verre est immergé dans un bain salin (sel de potasse ou nitrate de potassium fondu) à 400°C pendant une durée de 12 à 36 heures (ou plus en fonction de la résistance désirée). Les ions sodium du verre quittent sa surface et sont remplacés par les ions potassium qui sont plus grands ; ceux-ci compressent la surface interne qui se met en extension. Il y a donc une compression très élevée sur une très faible épaisseur de la surface.
Résultat :
Le verre est beaucoup plus résistant qu’un verre trempé thermiquement. S’agissant d’un traitement superficiel, le verre trempé chimiquement présente, en cas de casse, la fragmentation typique d’un verre normal. La trempe chimique permet le traitement des
feuilles d’épaisseur fine (2-3 mm) qui ne peuvent être trempées avec le processus thermique.

Le sablage du verre


Définition
Le sablage est un procédé de dépolissage et de gravure obtenu par projection d'un jet de sable très puissant (jet d'air comprimé) sur un objet verrier. Les grains de sable créent des petites cavités. Cela permet d'obtenir un effet dépoli ou satiné, d'écrire et de dessiner des motifs sur le verre et même de le percer et de le sculpter.

Le procédé : (1870)
Un violent jet de sable de corindon est projeté sur la surface du verre avec un pistolet à air comprimé. Cette projection de grains attaque la matière en donnant un aspect dépoli. L'intensité du dépoli varie avec la durée de l’application du jet. Le travail s'effectue dans un endroit hermétique pour éviter l’inhalation des poussières : soit dans une sableuse où seules les mains pénètrent avec des gants ; soit dans une chambre de sablage pour des travaux plus volumineux où l’utilisateur est protégé par une combinaison

La technique :
Un pochoir est découpé manuellement suivant le motif désiré. Les parties du verre qui ne seront pas sablées se nomment « réserves ». Pour un travail à l'unité, on utilise un papier autocollant suffisamment résistant (film adhésif). Pour un travail en série, on utilise soit un pochoir métallique (laiton, zinc, cuivre) soit un pochoir en caoutchouc.
Facteurs pouvant faire varier les effets du sablage :
Grosseur du grain
Diamètre de la buse
Pression de l'air comprimé
Distance d'impact
Orientation du jet

Application :
La décoration par sablage permet de traiter une large palette de matériaux
tels que le verre, le cristal, le marbre, le cuivre, le bois, les bijoux, la céramique.
Les effets esthétiques produits par le sablage sont multiples :

estompe ou satinage de la transparence
modulation dans la diffusion de la lumière
création d'un effet "moelleux" sur la peau du verre
possibilité d'introduire des éléments graphiques (légendes, logos, lignes) extrêmement
précis sur la surface du verre.
dans la pratique du vitrail, on réalise des rendus artistiques avec du verre plaqué
en éliminant la couche plaquée colorée afin de laisser apparaître le verre de base
à tendance colorée claire


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